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La mémoire olfactive

La mémoire olfactive

D’après les scientifiques, les odeurs et le goût seraient plus évocateurs de souvenirs que d’autres systèmes sensoriels comme la vue, l’ouïe ou le toucher.

Tout le monde connaît l’« épisode de la madeleine », si révélateur de l’écriture de Marcel Proust. Le personnage du roman, en croquant dans une madeleine, est amené à se souvenir de moments antérieurs ; la madeleine lui a procuré un souvenir involontaire de dimanches matins passés à Combray chez sa tante Léonie, ou plutôt, une impression de joie. Il avait pourtant déjà perçu ces petites formes de petits coquillages antérieurement, mais la vision n’avait rien provoqué en lui, alors que le goût avait été illuminant : « La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ».

En effet, odeurs et souvenirs sont traités par des zones cérébrales très proches : “L’entrée olfactive, dans les narines, n’est qu’à deux neurones de l’amygdale, et trois neurones de l’hippocampe, des régions essentielles pour les émotions et la mémoire”, explique Jean-Pierre Royet, du laboratoire Neurosciences et systèmes sensoriels au CNRS à Lyon. C’est pourquoi les odeurs ont un impact émotionnel plus fort, et pourquoi leur mémoire est réputée meilleure que celle des autres sens.

Une odeur conduit donc à des sensations qui ont plus de chance d’être mémorisées, étant donné qu’elles sont reliées directement à l’amygdale, partie du cerveau provoquant les émotions. De plus, dans le cerveau humain comme chez tous les vertébrés, les voies nerveuses olfactives empruntent un double parcours, l’un conscient et l’autre inconscient. C’est pourquoi un arôme peut rappeler à notre souvenir un épisode, une situation ou une personne qui semblait enfouie dans les profondeurs de notre mémoire.

Une simple odeur peut entraîner une foule de sentiments : l’odeur du café, l’odeur de l’herbe mouillée, l’odeur d’un parfum… Et plus une odeur suscite d’émotion, plus le contexte dans lequel elle a été respirée est bien mémorisé.

« C’était inévitable : l’odeur des amandes amères lui rappelait le destin des amours contrariées » – Gabriel García Márquez (L’Amour aux temps du choléra, 1985)

Les souvenirs des odeurs font appels à d’autres souvenirs : quand on sent le flacon de la crème solaire, non seulement on pense à la plage et au soleil, mais aussi au vendeur de glace, à la rue animée, aux grains de sable sur la plage, bref, on met en route un ensemble d’expériences vécues.

Et vous, quelles odeurs vous plongent dans vos souvenirs, parfois très lointains ?

À bientôt,

Barbara Figueroa-Savidan

 

Written by editor