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L’avion

L’avion

J’attends depuis quelques minutes devant la porte d’embarquement de mon avion. J’ai sorti mon bouquin, mes écouteurs et je m’isole du tumulte dans ma petite bulle. Les gens, toujours pressés, font déjà la queue alors qu’il reste plus d’un quart d’heure pour monter dans l’avion. Mais quand je lève mon regard en direction vers la foule de gens qui stressent pour être les premiers à bord, je ne vois plus personne ! Je regarde autour de moi, mais je suis seule. Mais où est passé tout le monde ? Changement de porte d’embarquement à la dernière minute. Je cours avec ma valise comme une dingue pour rattraper mon retard et quand j’arrive enfin au bon endroit, je peux enfin souffler. Je suis toute décoiffée, je transpire comme une malade, j’étouffe, j’ai le cœur qui bat à mille à l’heure, mais c’est fini.

Mais non. Rien n’est fini. Dès que je mets les pieds dans l’avion, je vois qu’une femme occupe mon siège. Je reste polie, je lui dis qu’elle est à ma place mais je réalise rapidement que je parle à un mur. Elle n’en a rien à faire. Elle ne bougera pas. J’appelle l’hôtesse de l’air au sourire figé, beaucoup trop maquillée et avec les cheveux archi tirés en arrière, qui semble très occupée à résoudre des problèmes autres que le mien. Oui madame, je m’occupe de vous dans une seconde. Une seconde, une minute… Rien de rien. Je dois encore insister pour pouvoir m’asseoir à ma place, ce n’est pas sorcier quand même. Je finis par perdre ma patience et change le ton de ma voix en m’adressant à madame-j’occupe-le-places-des-autres. C’est sidérant. Après avoir choisi les bons mots, madame se lève enfin toute digne puis elle s’assoit ailleurs. Les passagers assis côté couloir et au milieu de la rangée restent impassibles devant mes contorsions pour arriver jusqu’à mon siège, près de la vitre. Je dois me retordre pour pouvoir passer, c’est le comble. Vive la politesse.

Ça y est. C’est fini.

Non… Trop beau pour être vrai. Devant et derrière moi voyagent des parents qui, pas même une seconde après le décollage, allument leurs tablettes avec le son à fond pour distraire leurs petits et me rendre définitivement folle. La maison de Mickey devant, Peppa Pig derrière. J’ai déjà mal au cœur. Je vais craquer. Et quelques secondes après, bang ! Coup de pied dans le dos. Un incontournable des voyages en avion. Je me tourne enragée et je vois une petite bouille bien dodue aux cheveux blonds qui me sourit sournoisement. Je respire. Je compte jusqu’à dix.

Je ferme les yeux. Je mets mes écouteurs, j’ouvre mon bouquin et j’essaie par tous les moyens de m’isoler. Que le vol passe vite, que le vol passe vite, que le vol passe vite…

À la semaine prochaine,

Barbara Figueroa Savidan

Written by editor